Théâtre et Developpement de soi

Introduction :

Avant tout propos, je voudrais me présenter. Je ne vais pas vous assommer avec une description détaillée de mon CV, simplement vous résumer un parcours, pour que vous sachiez dans quel domaine je peux répondre aux questions qui feront partie de notre rencontre.

Dans ma formation de base, j’ai suivi des études aux Beaux Arts ainsi que de relations humaines et de développement de communautés, avant d’aborder le cinéma et le théâtre. C’est au bout de quelques années que le fait de mélanger toutes les disciplines m’est venu naturellement.

En Argentine et au Pérou, le théâtre a été, pour la troupe dans laquelle j’ai travaillé, un moyen de développement de communauté :

  • Pour des campagnes sanitaires (au Pérou en 1973, campagne théâtrale auprès des indiens pour la prévention de la hépatite virale).
  • Pour aider à résoudre des conflits à l’intérieur d’une université (en Argentine , nous avons utilisé le théâtre pour essayer de mettre en lumière les conflits latents entre personnel administratif, personnel pédagogique et élèves).
  • Pour aider à résoudre des conflits à l’intérieur d’une usine entre patronat, cadres et ouvriers.
  • Pour aider au développement et mobilisation d’un quartier ouvrier de Buenos Aires.

En tant que chef de projet dans une mairie, j’ai travaillé pendant quelques années dans les banlieues les plus pauvres de Buenos Aires. Peu à peu, la foi et l’enthousiasme pour mon travail se transformèrent en déception et impuissance : manque de matériel didactique, de locaux, d’aide et d’appui de l’Etat en étaient les causes les plus communes.

Pendant ce temps ce fut grâce aux études de théâtre que nous avons pu créer des nouvelles formes de lutte, avec les seules ressources de l’imagination et les forces de combat des gens des bidonvilles. D’abord pour mobiliser les personnes ressources dans un quartier, et ensuite pour mobiliser la population elle-même.

J’ai pu, donc, voir sur le vif comment on pouvait réunir en une seule, deux choses qui m’étaient chères : le travail social et le théâtre.

J’ai pu, ainsi, observer de tout près les résultats positifs de ces actions, et me convaincre que le théâtre est un moyen, une arme, qui peut être utilisé d’une manière autre que le seul spectacle : un outil de travail social et éducatif, qui, employé d’une façon intelligente, peut aider au développement des communautés ou de la personnalité.

Nous avons à ce moment, grâce à ces pratiques là : construit une petite école dans un bidonville, un parc de jeux pour enfants et fortifié le rôle de personnes ressources dans chaque zone pilote.

En Amérique Latine, c’est surtout avec un objectif d’intégration sociale, de mise en évidence des faits, ou de mobilisation de la population que ces techniques théâtrales ont été utilisées. En France, ces techniques théâtrales sont arrivées avec Auguste Boal, dans les années 70.

Après des études théâtrales à l’Université de Paris VIII, je suis entrée travailler au Théâtre du Fil. Je ne vous parlerai pas du Théâtre du Fil, puisqu’il intervient actuellement à Dijon dans le cadre de la 4° édition du Festival Itinéraires Singuliers. Je suis restée huit ans en tant que cadre artistique.

Depuis 1990, je suis installée à Cluny, au Petit Chêne Théâtre, qui s’occupe autant de la création artistique,que de la formation et de la réinsertion.

Pendant ces dernières quatorze années, le théâtre, à part la création, a été un moyen et une forme de travail, pour aider différents types de projets :

  • Aux objectifs de réinsertion :
Drogue, alcool ou autres dépendances
Handicapés sociaux, mentaux ou moteurs
Femmes battues
Malades

Dispositifs de prévention

  • Aux objectifs éducatifs :
Difficultés à lire et/ou écrire
Problèmes de concentration et de maîtrise de soi
Comportement à l’école
Besoin d’épanouissement
Difficulté d’expression
Apprentissage de langues
 
  • Aux objectifs sociaux :
Trouver une solution à un problème de quartier
Un problème institutionnel
Au développement d’une communauté
Une campagne sanitaire
Des problèmes de crise et de conflits internes et externes
En dynamique de groupe
 
  • Au développement de la personnalité :
A l’intérieur d’une entreprise (pour le personnel)
A l’intérieur d’une Convention de Reconversion
En psychodrame et toute autre application médicale
En épanouissement personnel de la personnalité
 

Mais ce qui est important à souligner, c’est que dans n’importe laquelle de toutes ces catégories, la première chose, est d’aider à former des êtres humains sensibles, ouverts, des êtres qui réapprennent à voir, écouter, sentir.

C’est évident que le théâtre a une dimension cathartique auprès du public et c'est encore plus vrai pour l’acteur qui se trouve être celui qui produit l’acte cathartique mais aussi celui qui profite en premier, pour la simple raison du travail en profondeur qu’il doit faire sur lui même, au préalable.

Quand on se met en péril au théâtre il y a « un risque ». Un risque important, mais qui permet des remaniements de la personne et une découverte de soi-même.

Mais à travers le personnage le risque devient symbolique. L’acteur doit confronter son personnage. Pour cela il doit se plonger au fond de lui même, à la recherche de ses émotions, ses sentiments, son expérience de vie. De cette façon là, il se confronte à lui même, à son propre vécu. Ce n’est pas Lui, c’est l’autre : Le personnage.

Le comédien handicapé Hervé Lemeunier de la Compagnie « L’Oiseau Mouche » pour sa part, nous dit que dans l’un des spectacles (« Bintou »), son personnage évolue au milieu de la violence et que tout cela l’a humainement agressé, qu’il a détesté ce personnage, mais que cela lui a permis de se remettre en question. Actuellement, il assure qu’il aime beaucoup ce personnage.

Je suppose que vous tous vous connaissez « L’Oiseau Mouche », l’un des deux Centres d’Aide par le Travail à vocation artistique en France. L’autre c’est Eurydice, qui s’est orienté vers la réalisation de décors et costumes.

Longtemps, les créations de « L’Oiseau mouche » ont été confinées dans un répertoire onirique. Comme si la création artistique des handicapés mentaux n’est acceptée que quand elle nous met en scène la poésie, la beauté du geste ou la forme. Aujourd’hui leurs créations parlent plus des réalités de la vie.

A Liège, le Centre « CREAHM » créativité et handicap mental, encourage et valorise la créativité des personnes handicapées mentales. Pour cela, il a mis en place des ateliers et deux structures importantes :

  • le théâtre du Quai : une salle de spectacles ouverte à toutes les troupes qui le désirent ainsi qu’aux institutions,
  • le musée de l’Art Différencié, dont la mission est de conserver, étudier et diffuser les quelques 200 œuvres d’artistes handicapés, composant la collection permanente. Et l’organisation des expositions temporaires.

A Bruxelles, « Handicirque » (une école de cirque qui existe depuis 10 ans) développe un projet étonnant entre l’apprentissage des techniques de cirque et l’intégration des personnes handicapées, sans cesse confrontées à des situations d’échec. L’objectif est de permettre l’intégration de toute personne souffrant d’une déficience physique ou mentale, en contribuant à son mieux être.

Le cirque leurs apprend à gérer leurs émotions en affrontant la peur. Passage indispensable pour une bonne intégration dans notre société. Ils progressent à leur niveau. La confiance vient avec le temps. Pour certains, monter sur un banc est déjà un miracle, un pas à franchir, une peur à surmonter, pour voir le monde autrement.

Handicirque, comme outil d’intégration pour les participants, est une priorité : c’est pourquoi des jeux d’acteurs permettent à chacun d’exprimer au vu des autres une face méconnue de la personnalité. Ainsi les muscles se décrispent, le regard change et l’envie de créer renaît.

Le rêve de la coordinatrice du projet, Delphine Tollet, est de voir s’ouvrir plus de lieux adaptés à la personne handicapée et d’employer les techniques du cirque dans le cadre de la réadaptation d’enfants victimes de la guerre ou de la violence. Deux nouvelles sections d’Handicirque ont ouvert leurs portes depuis quelques temps.

 

« Imaginer un Projet »

Pour n’importe quel projet artistique de réinsertion, que l’on veut mener au sein d’un groupe ou d’une Institution, nous avons procédé comme pour un projet normal. En premier lieu on définit :

  1. Qu’est-ce qu’on veut modifier ?
  1. Définir la situation initiale et la situation nouvelle à laquelle nous voulons arriver (la définir clairement)
  1. Savoir avec « Qui » on va faire ce projet ?
  1. Quelles actions artistiques va-t-on utiliser pour arriver à nos fins ?
  1. Comment va se faire cette action ? Par exemple : si l’on a choisi le théâtre : Qu’est-ce qu’on va utiliser : marionnettes, commedia dell’Arte, drame, pantomime, chant, textes, etc ?
  1. Avec quels moyens ?
  1. Combien de temps ?
  1. S’organiser pour fixer un calendrier avec des objectifs médiats, immédiats ou à long terme.
  1. Quel « type » de public ?

Je suis actuellement convaincue que la pratique théâtrale offre d’importantes possibilités d’évolution pour le sujet en difficulté. Parce qu’elle permet de chercher en soi, de sentir d’abord et ensuite de transmettre des idées, des sentiments, des émotions.

Parce qu’elle touche et développe l’art de communiquer dans tous les sens, avec tous ses sens.

Il existe au préalable un véritable travail de dévoilement de soi qui se fait petit à petit, parfois même à notre insu, qui nous révèle, qui nous met en danger (car cela il ne faut pas le nier).

Je ne pense pas que le théâtre soit bon pour quelqu’un d’extrêmement touché psychologiquement, en dehors d’un atelier thérapeutique, où un médiateur puisse recueillir des signes et qu’il puisse les élaborer avec la personne en question.

Ainsi, quand on propose un atelier théâtre au sujet en difficulté, c’est pour prendre en charge les onze préceptes (qui nous animent depuis 14 ans) :

  1. l’aide rà se revaloriser,
  1. le faire agir, réaliser : plus il est impliqué personnellement plus il « retient »,
  1. le faire se sentir motivé (et non traîné), capable (et non incompétent), moteur (et non démobilisé), utile (et non utilisé), considéré (et non jugé),
  1. faire appel à son expérience comme sujet : le consulter, le solliciter,
  1. le mettre en confiance,
  1. lui faire prouver à lui même qu’il peut faire « autre chose »,
  1. lui faire vérifier qu’il savait,
  1. le situer par rapport à autrui,
  1. le faire réfléchir à sa situation actuelle,
  1. l’aider à clarifier ses relations interpersonnelles,
  1. lui faire voir qu’il a trouvé un endroit où l’on fait attention à lui.
     

Tous ces objectifs pédagogiques n’ont de raison d’être que dans le seul but théâtral. Pour cela, il faut que l’individu en question adhère au projet d’une façon ou d’une autre.

C’est l’acte théâtral qui doit rester le principal objectif, « l’outil pédagogique » n’est que secondaire. Il devient important quand on met tout en place pour que l’acte théâtral aboutisse

Sinon « l’outil pédagogique » devient thérapeutique. L’expression théâtrale n’est pas une thérapie, même si parfois nous touchons aux limites de l’inconscient, et qu’elle favorise la découverte de soi-même.

Le but théâtral est « artistique ». On ne se prend pas pour le personnage, on rencontre « un personnage » on lui prête sa peau, son corps. Mais on doit être conscient qu’on n’est pas ce personnage qui a une vie, une histoire, avec des sentiments et réactions différentes de nos réactions et sentiments. Mais sur scène il doit faire passer une expression sincère et vrai.

Quand on construit le contenu d’un atelier théâtral on doit toujours chercher à ce qu’il soit :

  • Ludique : à travers des jeux d’expression dramatique, d’expression corporelle, des exercices de développement de sens, des jeux mêlant le réel et l’imaginaire.
  • La maîtrise de soi : exercices de concentration, d’observation, de mémoire, de réflexes, de langage.
  • L’écoute de l’autre : Apprendre à découvrir l’autre, le regarder, enregistrer ce qu’il fait, le reproduire, l’interpréter, le transmettre.
  • Sentir-exprimer : travailler sur les sentiments, les faire sortir, les jouer en faisant de la distanciation.
  • Trouver l’épanouissement : se dérider, se réjouir, s’amuser à travers le rythme, les jeux clownesques, les improvisations, la mise en jeu de situations dérisoires ou qui méritent d’être tournées en ridicule.
  • Faire éclore : leurs désirs, leurs envies, leurs souhaits à travers le jeu de personnages.
  • Réaliser : un spectacle qui leur appartienne, qui les représente ou non, qui les met en valeur vis à vis d’eux et d’un public.
     

Les ateliers théâtre pour handicapés mentaux

Notre association a animé quelques ateliers pour handicapés mentaux en IME et un CAT. Et aussi des ateliers ou des stages où le public est mixte.

Je vais, donc, maintenant, vous parler de nos expériences et de nos réflexions.

Je crois que nous sommes arrivés à la conclusion que le plus difficile c’est l’hétérogénéité du groupe. Les différences de handicap, les différences de compréhension et de disponibilité des individus, à chaque instant d'un atelier. Le contenu de l’atelier est proposé à tous en général : le corps, la voix, le geste, l’émotion, l’improvisation, mais on a constaté que la réceptivité n’est pas la même, au même temps, pour tout le groupe.

C’est pour cela que nous avons compris qu’il faut un travail de longue durée, lent, répétitif au même temps que créatif.

Dans un autre ordre de choses, l’individu arrive avec l’image qu’il a de lui, ainsi que l’image que le regard des autres lui a aidé à créer. Pour cela tout notre travail a été d’amener l’individu à élaborer progressivement un espace de JEU,l’IMAGE qu’il se fait de lui même vient en retrait.

Toute la question était : Comment ? « Comment faire ? »

Tout d’abord ne pas chercher à tout prix un résultat rapide et spectaculaire. Et ensuite on a commencé avec des règles simples, avec une sorte de « Charte d’utilisation de l’espace scénique ».

Un lieu délimité géographiquement :

: je suis l’autre, un autre, un personnage. Là bas : je suis moi-même.

Cette tâche, n’a pas été toujours facile.

, on peut se permettre de se raconter, de se dévoiler.

, on essaye de reconnaître son corps, de le chérir tel qu’il est, de le rendre de plus en plus souple, actif, disponible, à l’écoute de l’autre.

C’est «  l’écoute de l’autre » qui nous a toujours présenté le plus de problèmes, l’expérience nous a montré comment il est difficile pour un handicapé mental de se préoccuper de l’autre.

Là, on montre son corps, mais aussi on le transforme, on devient animal, plante, meuble, quelqu’un d’autre. Donc, on peut si l’on veut. Si l’on croit. Et quand le reste du groupe est LA-BAS, il est témoin aussi de ce changement là, de cette transformation que l’on perçoit. Cela devient un acte magique.

A travers le jeu dramatique on pousse à trouver d’autres formes, à découvrir en soi d’autres éléments, signes, gestes qui n’étaient pas connus de l’individu, ni de son entourage. Lentement, très lentement le regard qu’il porte sur soi change. Tout ceci n’est, ni simple, ni facile, ni rapide.

Mais ce que l’on a pu observer : c’est que le changement s’est fait beaucoup plus vite, à la fin d’une représentation ouverte au public. Le retour de l’image qu’ils donnent est en règle général positif et concret. Les rires, le silence de la salle, les commentaires et les applaudissements qu’ils reçoivent  sont des éléments tout à fait concrets et objectifs qui aident à reformuler l’image de soi.

Le plus laborieux c’est le départ du travail, les premières séances, pour tous ceux qui ne sont pas extravertis : la pudeur, parfois l’image désastreuse qu’ils ont d’eux-mêmes, l’inhibition et la timidité. Dans tous les cas. Pendant longtemps et jusqu’au moment où l’on voit changer les choses, nous ne proposons que des exercices collectifs, simples, où tout le monde est dans le même panier, la même galère. Mais surtout ludiques et d’épanouissement.

Ce n’est que beaucoup plus tard, que nous avons fait intervenir des techniques d’art théâtral qui font appel aux sentiments profonds de soi-même et avec autrui. Mais en les transformant et en les restituant tout de suite en une forme artistique.

Après ce que je viens d’énoncer, il me paraît indispensable pour notre travail de poser une éthique : celle de prendre en compte la singularité et la personnalité de chaque personne du groupe et de leur demande. On fait du théâtre avec des handicapés comme on le fait avec des acteurs « normaux ».

En règle générale (mais cela dépend aussi beaucoup du groupe), les objectifs à court terme seront : l’éveil de l’imagination, l’apprentissage de règles de travail de groupe, « la chartre d’utilisation de l’espace scénique », les improvisations collectives, la maîtrise de soi, l’écoute.

A moyen terme : le travail sur les sentiments, les émotions et la maîtrise de soi. Chercher à partir de tout type de jeux d’expression à enrichir la sensibilité et le dynamisme profond des participants, et leur apporter les moyens à travers lesquels ils puissent les exprimer.

A long terme : l’épanouissement du corps et de l’esprit. Trouver un langage d’expression artistique propre au groupe. Le faire intervenir dans la création de leur propre spectacle, à travers des improvisations dirigées, retravaillées, enrichies. Quand un spectacle est né des impros, il garde quelque chose de fort et d’authentique, qu’on perçoit moins lors d’un spectacle imposé (évidemment selon notre pratique)

Le spectacle n’est pas l’élément déterminant du travail, mais l’aboutissement naturel de l’activité, il favorise les contacts avec l’extérieur, ouvre un horizon élargi et apporte la reconnaissance nécessaire à tout individu.

La présentation d’un spectacle, nous l’avons faite quand la création artistique était mûre et quand les participants ont trouvé leurs repères, leur plaisir et la meilleure extériorisation de leur expression au moment du travail. La présentation d’un spectacle ne s’est jamais faite sur la pression d’une commande institutionnelle.

Face au public : en général se sont des habitués, de la famille, des amis qui suivent les spectacles au fil des années, ainsi que ceux qui sont concernés par la déficience mentale, qu’ils la subissent ou qu’ils la traitent. Si l’on joue ailleurs, se sont des amateurs de théâtre qui seront dans la salle, avec peu de personnes handicapées.

Faut-il prévenir le public ? J’avoue qu’après maintes et maintes discussions, nous n’avons pas une réponse concrète. Il y en a qui pensent que l’handicap mental (en certains cas) n’est pas forcement visible, ils ne pensent pas qu’il soit nécessaire de dire aux spectateurs qu’ils ont face à eux des personnes « différentes ». Qu’il faut les laisser face au travail des comédiens pour qu’ils puissent l’apprécier, sans être otages du regard habituellement posé sur les personnes handicapées.

Pour ma part, je suis partagée. En tant que spectatrice, je souhaite être informée de ce que je vais voir, dans n’importe quel type de spectacle. Personnellement, connaître la démarche précédente m’ouvre des horizons.

Les personnes handicapées ont des qualités sur scène comme : la sensibilité, l’affectivité, la fraîcheur, l’ingénuité, simplicité, spiritualité, pureté, beaucoup de potentialités que l’on ne soupçonne pas.

Ce qui m’a parfois heurtée, en tant que spectateur, c’est de voir des handicapés sur scène DRESSES (cela m’est arrivé des fois quand je vois certains spectacles joués par des enfants).

Je crois que permettre à l’individu de s’exprimer à sa manière peut lui donner un bonheur d’être qui lui est propre. L’art dans toutes ces formes fait appel aux qualités nommées plus haut.

C’est pour cela que l’Art peut les aider et qu’ils peuvent contribuer à l’Art. C’est réciproque.

 

Montrer son corps ce n’est pas facile « pour personne », depuis beaucoup de temps je m’aide de la musique. La pulsion musicale nous mobilise presque malgré soi. L’expression corporelle et gestuelle est au quotidien un langage auquel chacun devrait prêter attention, d’une signification parfois plus authentique que celle du langage verbal. Avec le support de la musique, on vise la redécouverte et la restauration de l’expressivité gestuelle, et des nouveaux comportements corporels et gestuels.

Dans les cas des activités artistiques dans les traitements de psychoses et de l’autisme, on part de « l’imitation en miroir », une consigne très bien acceptée des patients qui débouche pour nombre d’entre eux sur la création : du corps imité, au corps morcelé et ensuite au corps unifié.

Face au public, les comportements ne sont pas toujours pareils. Dans les expériences que j’ai menées, il n’y a pas eu de véritables problèmes par rapport à la confrontation avec le regard de l’autre.

Bien au contraire, sur certains individus, cela a alimenté leur côté « narcissique » et ils sont devenus « imprévisibles » en faisant tout à coup, des actions, des gestes ou des improvisations qui ne correspondent pas au spectacle et laissent leur compagnons sur scène perplexes. Une difficulté pour certains a été justement l’incapacité parfois de s’adapter à un trop grand changement, qui n’était pas prévu.

Dans certains spectacles joués par des handicapés, même si c’est parfois du « grand et vrai spectacle », reste parfois le problème de la compréhension du à la mauvaise diction de  comédiens.

Faut-il faire parler ceux qui ne parlent pas très bien ? Faut-il utiliser leur propre langage sans essayer qu’il soit compris ? Faut-il seulement faire du corporel ? Toutes les questions sont posées. On peut utiliser le théâtre pour améliorer la parole. Mais pour un spectacle, il faut voir de quoi l’on parle et comment. Créer une forme de communication individuelle et précise.
 


Conclusions 

Actuellement on cherche à mettre en place des projets appuyés sur certains points :

  • La recherche sur le travail de l’acteur dans le cadre d’un théâtre qui soit compris par tous.
  • La recherche d’un langage individuel qui sortira des racines mêmes de l’acteur.
  • L’apport constant dans les œuvres, des gestes, faits, actions qui ont été apportées par les acteurs dans le travail d’atelier.
  • Le contact avec un public.
  • La présentation impeccable des spectacles.
  • L’accompagnement de la recherche théâtrale avec de la musique.
  • Faire un travail méthodique avec des règles très précises.
  • Un travail constant, collectif, enrichi par la présence et le rendu permanent du metteur en scène, de l’écrivain, ou des musiciens.
  • La façon d’enrichir les groupes par des invitations à d’autres artistes, d’autres groupes, d’autres spectacles.
  • Avoir une grande capacité d’autocritique, d’analyse, d’observation.
  • Parler un langage propre aux éléments du groupe et compréhensible au public.
  • Développer un travail préparatoire approfondi, spontané et efficace.
  • Poser honnêtement les problèmes et les discuter sans contraintes et sans crises émotionnelles.
  • Pouvoir définir ce qu’est le groupe et jusqu’où il peut aller.
  • Avec des comédiens handicapés, il faudra perdre un peu le respect pour les formes classiques qui nous attachent et qui nous empêchent de nous envoler.

Savoir pourquoi l’on fait du théâtre, c’est d’abord savoir pour QUI ?

Tout ce que je peux voir, dire, c’est que changer les habitudes, l’image de soi, les comportements, c’est un travail long et lent, qui ne peut être obtenu qu’à la suite d’un travail continu. Souvent tous les efforts réalisés ont été perdus par manque de continuité.

Comment peut-on voir le résultat ? Comment se mesure cette efficacité là ? Est-elle seulement jamais mesurable…

Depuis les quinze dernières années, beaucoup d’activités artistiques avec un public « différent » ont été menées. Je pense qu’aujourd’hui, à travers les colloques, rencontres, écrits, on peut, peu à peu appréhender des méthodes, des formes.

En regardant en arrière, je peux dire que le théâtre a produit des changements dans l’image qu’on a de soi, des fois des petits changements, parfois des très grands. Pas seulement des handicapés, mais de toute personne pratiquant l’art théâtral.

Haut de page / Page précédente / Page principale